Ciné Parallèle – Le Bon Gros Géant


Chroniques, Ciné Parallèle / lundi, juillet 26th, 2021

Ce ne sont peut-être pas que les illustrations de Quentin Blake qui ont fait rentrer les œuvres de Roald Dahl dans l’inconscient collectif. Les dizaines de livres de ce dernier ont sans doute déjà quelque chose de très visuel, de facile à imaginer. On ne s’étonne donc pas de voir que la plupart de ses romans ont été adaptés au cinéma. En 2016, Le Bon Gros Géant revient sur le grand écran, avec Spielberg aux manettes. Un réalisateur familier du jeu vidéo, puisqu’on lui doit, entre autres, Medal of Honor.

Vice-Versa

A priori, les amitiés entre géant et humain sont rares dans le jeu vidéo. Ces créatures titanesques sont plutôt des ennemis, notamment dans divers RPG occidentaux. On peut, au mieux, rapprocher la relation entre Link et Navi dans Ocarina of Time au BGG et Sophie. Dans un contexte très différent, il s’agit d’un être minuscule et d’un colosse qui coopèrent.

Mais c’est au-delà du postulat de départ que le film fait écho au jeu vidéo. Notamment via quelques mécaniques de gameplay. On pense en à particulier à toutes les séquences liées aux rêves. En premier lieu, la confection de songes rappelle évidemment l’alchimie ou le crafting, de manière générale. Par ailleurs, pour attraper les ingrédients oniriques, BGG saute dans le reflet de l’eau pour la traverser et atteindre une autre dimension. Ce qui fait premièrement penser à tous les portails vidéoludiques (Prey, Oblivion, Destiny…), mais surtout, aux jeux de plate-forme. Car en pénétrant la surface du lac, on se retrouve à l’envers. On se rappelle tous ces platformers qui nous font sauter vers le bas et atterrir vers le haut. De VVVVVV au dernier It Takes Two. S’il s’agit d’un simple acte de foi dans le BGG, dans le médium vidéoludique, c’est un obstacle à la logique qu’il faut vite assimiler pour justement franchir les obstacles bien physiques.

Enfin, on notera que ces rêves agissent comme une modification directe de la personnalité (pour les géants ou pour la reine notamment). Une sorte d’Inception qui n’est pas sans rappeler Psychonauts, où l’on entre dans l’esprit des personnages pour les soigner généralement. Exactement comme lorsque Sophie demande au BGG de rendre une famille heureuse via les songes.

 

Exfiltration

Pendant tout le film, la notion de cache-cache est particulièrement présente. Soit c’est le BGG qui doit se camoufler des humains, soit c’est Sophie qui saute d’abri en abri pour contourner les autres colosses. Le Bon Gros Géant ressemble alors à un jeu d’infiltration. Ils évitent les lumières, tirent un drap pour masquer leur existence (là où Snake se glisse dans un carton), ou restent immobiles pour ne pas être repérés. Comme une séquence d’infiltration sans game over.

Plus intéressant encore, on retrouve également le principe des « herbes magiques ». Que ce soit des buissons, un champ de blé ou des prairie folles, la végétation a la capacité de faire disparaitre n’importe quel avatar dans le jeu vidéo. Une mécanique parfaitement contemporaine au film, puisque si les premières « herbes magiques » apparaissent dans Metal Gear Solid 3, elles deviendront incontournables dans les années 2010.

Rêves et cauchemar

On l’a vu, Le Bon Gros Géant invoque plusieurs éléments de gameplay. Mais il fait écho à un jeu en particulier, et ce dès les premières minutes du film. Lorsque que l’on voit pour la première fois la grosse main du BGG, puis sa tête, et qu’il attrape Sophie, impossible de ne pas voir de références à Little Nightmares. Dans ce jeu de 2017, on incarne une petite fille parcourant un bateau peuplé… de géants. Un titre d’infiltration où l’on passe son temps à se cacher des créatures monstrueuses, et de leurs mains venant nous cueillir. Que ce soit le film ou le jeu, chacun présente plusieurs séquences où le petit être se soustraie à la vue des colosses grâce à leurs objets démesurés.

En plus du postulat, les deux œuvres partagent également une colorimétrie semblable (en tout cas pour la première moitié du film). Un mélange de noir, marron et gris. Ces nuances sont en opposition à toute joie possible. Ce qui permet d’accentuer tantôt un climat de terreur dans l’orphelinat, puis de tension entre le BGG et Sophie dans son antre. Le film se colorise ensuite grâce aux divers rêves entreposés, puis par l’ouverture sur l’extérieur. À l’inverse, Little Nightmares gardera ses tons mornes jusqu’au bout, afin de plonger le joueur dans une constante pression. Si le synopsis et les séquences (on retrouve dans les deux œuvres une séance de plate-forme sur des poutres) sont similaires, c’est la colorimétrie qui va permettre à l’un de passer de la peur à l’amitié, et à l’autre de reste dans le domaine du frisson.

 

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