Mourir peut Attendre – James Bond malmené


Cinéma, Critiques / lundi, novembre 22nd, 2021

C’est sans doute l’épisode qui aura fait le plus parler de lui. Parce qu’il est sensé clôturer le cycle Daniel Craig, mais également, et surtout, car il fût longtemps annoncé qu’une actrice reprendrait le rôle de 007 dans ce Mourir peut Attendre. Sa mission est donc aussi compliquée que celle de Casino Royal, celui par qui a tout commencé.

Old Bond

Dans ce cycle, dire que James Bond a été tourmenté tient de l’euphémisme. Trahi, puis brisé, puis se découvrant des origines pour être mieux anéanti, laissant mourir au passage sa mère (spirituelle) et sa (future) femme. On comprend le titre de cet épilogue par le fait que Bond encaisse, et encore plus ici. Notre agent british boite et le visage des 53 ans de Craig se fond avec un 007 qui a tout vu et tout vécu durant ses années de service.

En plus de ce corps et de cet esprit vieillissant, les scénaristes prennent également plaisir à torturer physiquement James Bond. Loin des cascades brutales, rapides et précises de Casino Royal (la scène du chantier, toujours dans nos têtes), 007 a du mal. On sent à l’image que les combats sont plus compliqués et que certains sauts ne se font plus sans heurts. À vrai dire, on devine même l’influence d’Uncharted et de Nathan Drake, avec ce héros qui n’a pas de chance, et qui devrait finir à l’hôpital à de multiples reprises. Il s’agit là d’un changement intéressant, car on avait déjà parlé de cette infortune constante dans Mission Impossible. De fait, alors que La Mémoire dans la Peau changera à jamais la filmographie James Bond et notamment Casino Royal, le dernier épisode de ce cycle se termine par une ressemblance frappante avec Mission Impossible et son Ethan Hunt casse-cou.

Bond Junior

Si 007 encaisse autant dans ce film, c’est à vrai dire pour placer les pions du prochain opus. Non, les producteurs n’ont pas encore eu le courage de féminiser Bond, mais Mourir peut Attendre tient presque du screentest. Lashana Lynch reste un personnage important du film, et qui incarne le changement à (peut-être) venir. Mais elle n’est cependant pas la seule. En parallèle du vieillissement soudain de Bond, on voit poindre une jeunesse jamais aperçue auparavant. Certes, le nouveau Q est présent depuis Skyfall, mais additionné à Nomi (incarné par Lynch donc) et Paloma, la moyenne d’âge du casting descend d’au moins une décennie.

Le film semble donc dire « laissons la place aux jeunes », avec ces nouveaux personnages (et ceux dont on ne peut pas divulgâcher…), mais également ceux qui finissent six pieds sous terre. Car une fois n’est pas coutume avec la licence : oui, il y a des morts.

Fin de cycle

Mourir peut Attendre est un épisode lourdement chargé en symboles, et qui doit clore, hélas à tout prix, un arc narratif vieux de 15 ans. Tant pis si pour cela le traditionnel méchant est complètement artificiel, tant par son entrée que par sa personnalité. Le peu que l’on sait sur lui est de toute façon inintéressant. Difficile pour Malek de faire exister un personnage qui tient sur un post-it. À l’inverse de Waltz, qui s’en donne à cœur joie pour sa poignée de minutes d’apparition.

Mourir peut Attendre fait donc ce qu’il a à faire, sans grand génie (sauf peut-être dans la construction des plans), mais sans être les catastrophes Quantum of Solace et Spectre. Un parfait épisode de transition, mais peut-être pas le film que l’on attendait.

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