Le point sur le rachat Microsoft/Activision Blizzard


Actus / mercredi, janvier 19th, 2022

Impossible d’y avoir échappé, ou presque, puisque la nouvelle a même fait la une de certains journaux généralistes comme Les Echos. Le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft fait évidemment grand bruit pour plusieurs raisons. Le coût de cet investissement record, la redistribution des cartes dans le secteur et tout ce que cela va peut-être déclencher chez les rivaux du constructeur. On fait le point sur ce qui restera certainement comme l’évènement majeur du jeu vidéo en 2022.

Phil Spencer est content

L’ironie tout d’abord, c’est que la nouvelle arrive le lendemain d’une déclaration de Phil Spencer ravi que Sony aille dans le sens d’un abonnement unifié de catalogue de jeux :

« Donc quand j’entends que d’autres font des choses comme le Game Pass ou veulent venir sur PC, ça me semble sensé, car c’est la bonne réponse. »

La tête pensante de Xbox était sans doute extrêmement confiante par rapport au rachat, qui était encore tenu secret lorsqu’il a exprimé au micro d’IGN :

« C’est mieux, car cela booste notre énergie vers les prochaines idées sur lesquelles on devrait travailler pour continuer à bâtir ce qui a été démarré auparavant. Car je pense que la bonne voie est de lancer de grands jeux, de les lancer sur PC, sur console, sur le cloud, et de les rendre disponibles Jour J avec l’abonnement. Et je pense que c’est ce que la compétition va faire. »

Ce que l’on sait

Le lendemain, c’est le Wall Street Journal qui a dévoilé l’affaire qui n’attendait que cela : Microsoft et Activision Blizzard se sont mis d’accord pour un rachat. Activision Blizzard est en effet dans la panade depuis plusieurs plaintes pour harcèlement sexuel envers plusieurs grands cadres de la boîte. Le développement de jeux était donc ralenti par tout un tas d’enquêtes réalisées dans les locaux de l’éditeur. Et sachant que les différentes investigations datent de plusieurs mois déjà, l’action d’Activision Blizzard chute irrémédiablement. À tel point que Microsoft s’est approchée de l’éditeur historique pour un rachat, avant que celui-ci n’aille voir plutôt Facebook. Ce dernier n’étant pas intéressé, Microsoft et Activision Blizzard ont pu se mettre en accord sur un rachat à la valeur du studio en février 2021. Soit 70 milliards de dollars, devenant ainsi le le plus gros paiement pour l’industrie vidéoludique, mais aussi pour Microsoft lui-même. À titre de comparaison le rachat de Star Wars par Disney était de 4 milliards, quant au deuxième plus gros coup de Microsoft, c’était Linkdin, englobé pour 26, 2 milliards.

Attention, si l’accord est trouvé, la chose est loin d’être finalisée. Il faudra attendre juin 2023 pour que les différents régulateurs internationaux valident ce lourd investissement. Notamment du côté de l’administration démocrate Biden, récemment mise en place et peut-être moins souple que la précédente.

Ce que ça change

Si tout ceci est acté par les différentes commissions, il s’agira d’un coup majeur dans l’industrie. Activision étant un éditeur préhistorique du jeu vidéo, sa création remontant à 1979. C’est donc d’un géant… gobé par un autre. Pour Microsoft, c’est l’occasion de mettre la main sur des licences prestigieuses. Call of Duty, World of Warcraft, Diablo, Hearthstone, Crash Bandicoot, Spyro, Guitar Hero, True Crime, Tony Hawk… Et aussi des genres que Microsoft ne détenait jusqu’alors pas, ou peu, comme les jeux casuals de King, Candy Crush Saga en tête. Rien qu’en possédant ce jeu et la licence Call of Duty, le constructeur se garantit un retour sur investissement rapide.

C’est également une manne de créateurs supplémentaires, parfois spécialistes dans des domaines particuliers. Blizzard Entertainment, Beenox, Demonware, Radical Entertainment, Raven Software, Treyarch Sledgehammer Games, Digital Legends, High Moon Studios, Infinity Ward, King, Major League Gaming ou encore Toys for Bob.

Que faire de tout ce vivier ?

C’est évidemment la question au centre de ce rachat. Microsoft va-t-il passer toute cette armada en exclusivité pour Xbox ? Y « aura-t-il du cas par cas ? De la stratégie (Call of Duty Warzone partagé, mais les épisodes canons seront exclusifs ?) ? Une chose est sûre, le Gamepass, clef de voute de la stratégie de Microsoft, sera fortement alimenté par cette liste de jeux. Et c’est sans doute ce qui a motivé ce mouvement ambitieux du constructeur.

Pour le long terme, on peut analyser le rachat de Bethesda, il y a à peine un an. Les différents jeux de l’éditeur sont toujours disponibles sur les store PlayStation et Nintendo. Pour le moment, seuls Starfield et Redfall sont prévus uniquement sur Xbox Series. L’acquisition de Bethesda fût surtout, là encore, une occasion de garnir le gamepass et notamment celui PC. On pense notamment aux FPS, de Quake à Doom en passant par Fallout. On imagine aisément que les jeux de Blizzard iront dans ce sens. Notons également que Microsoft a glissé le mot metavers lors de ce rachat. Un terme techniquement encore un peu flou pour le grand public, mais qui semble pourtant intéresser de plus en plus les GAFAM.

Et maintenant ?

Le géant possèderait désormais 35 studios dans son giron, alors qu’il en comptait moins de dix avant 2018. De quoi s’assurer le développement de pléthore de jeux, là où la Xbox One avait peu d’exclus. Leçon retenue pour Microsoft, mais où s’arrêter ? Ce dernier rachat était-il un coup de chance, l’alignement des planètes dans le bon timing ? Ou le constructeur surveille-t-il d’autres potentielles victimes ?

Notons également que pour Bobby Kottick, PDG d’Activision Blizzard en plein dans la tourmente, il s’agit d’une porte de sortie unique. Il y a quelques mois accablés par les plaintes et par sa société en déroute, il devient alors celui qui sauve son entreprise, et lui-même aussi, à travers un beau parachute doré. Son honneur est intact, mais difficile d’imaginer que Microsoft ne va pas l’emmener vers la sortie. Phil Spencer a lourdement critiqué les affaires d’harcèlement lié au studio. Enfin, nos yeux se tournent également vers PlayStation, rival n° 1 de Microsoft, dont on  attend une réaction rapide. Mais même avec ce rachat, Sony reste la deuxième plus grosse société de jeu vidéo, devant Microsoft.

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