Player One – Une base un peu brouillone


Littéraire / dimanche, juillet 12th, 2020

Il n’a pas fallu longtemps pour que le livre Player One d’Ernest Cline, se transforme en blockbuster Ready Player One de Spielberg. Sortie en 2015, l’œuvre originale a subi bien des remaniements pour devenir l’adaptation que l’on connaît. Et tant mieux quelque part, tant Player One affiche les bons numéros du loto, mais dans le désordre.

Oasis is good

Dans un futur dystopique proche, Halliday, un grand concepteur de jeu vidéo, invente l’Oasis, un système massivement multijoueur en réalité virtuelle, qui devient vite un substitut à la vie réelle. Sur une Terre au bord du gouffre, où les villes sont des bidonvilles verticaux, où la nourriture est rationnée, les habitants préfèrent la virtualité de l’Oasis. D’autant plus que la mort de son créateur a laissé place à une course contre la montre, à base d’énigmes de culture pop. Celui qui remporte la chasse à l’easter egg, rafle le testament du presque divin Halliday.

C’est Wade Watts, vainqueur de cette quête, qui nous raconte son histoire depuis le début. L’occasion de rencontrer très vite le principal problème du livre : son écriture. On pourrait mettre la répétitivité de certaines formules ou expressions sur le dos de l’adolescent fictif, mais même les dialogues sonnent souvent faux. Notamment sur les dernières pages, particulièrement risibles.

Charisme -10

L’utilisation des mots n’est pas la seule à être étrange, la description des personnages l’est tout autant. Rares sont ceux pour qui l’on a de l’empathie, tant chacun est presque extrémiste. Le méchant, Sorrento, passe de créateur de jeu plutôt bon à bourreau maléfique parce qu’il devient directeur d’une corporation. Le héros se place logiquement comme un anarchiste, qui ne prend même pas la peine de considérer les non-joueur ou non-initié, allant jusqu’à les insulter à un moment. À l’instar Halliday d’ailleurs, dont l’Oasis et sa mort furent l’occasion de forcer les personnes à aimer ce qu’il a toujours adoré, et au diable les autres.

Quelque part, l’Oasis pourrait donc se voir en filigrane comme un régime totalitaire, avec un culte énorme de la personnalité et de la culture, avec comme milice fanatique les chassoeufs. Ils constituent les chercheurs de sens de la quête de l’easter egg. Cette théorie est d’ailleurs confirmée par Wade Watts qui perçoit en cet univers virtuel sa propre « illusion » et « prison ». Un espace merveilleux dans lequel, il le sait, toutes sensations sont pourtant fausses. L’un des plus beaux moments du livre réalise d’ailleurs une opposition avec le matériel de plus en plus sophistiqué que Watts s’achète, et son repli sur lui-même (il ne sort plus, ses fenêtres sont peintes en noir et se débecte lorsqu’il se regarde dans la glace).

Dystopie réussie

C’est peut-être d’ailleurs là où Cline est le plus fort : dans le fait de restituer un univers. On parle bien sûr tout d’abord de la passion d’Halliday pour les années 80 et notamment la pop culture. L’auteur cite beaucoup de jeux, films, séries et musiques (pas autant que l’adaptation). Mais c’est surtout sa faculté à dépeindre comment fonctionne l’Oasis et son contexte. En tant que substitut à la réalité, les écoles sont devenues virtuelles, placées dans le même « niveau (de jeu) ». Même les allusions à la réalité virtuelle, sa technologie, la bande passante nécessaire paraissent crédibles (mais pas réalistes). Un monde pourri, où la technologie rend le monde meilleur, sans pour autant tomber dans le cyberpunk total.

Power of love

Une écriture maladroite, des personnages consternants, et un thème vu, revu, et naïf (l’argent contre la liberté), Player One offre de bonnes choses. Pour qui aime la pop culture, c’est un bonheur de connaître les références, et de pouvoir mieux imaginer la scène. À l’inverse, ce qui n’est pas assimilé donne envie de s’y plonger… comme le voudrait Halliday. La sempiternelle histoire d’amour est également, chose assez rare pour être soulignée, très bien décrite. Notamment parce qu’il s’agit d’une relation incertaine où l’autre n’est pas forcément ce qu’il projette, et que la connaissance se fait par manière indirecte.

Au final, l’œuvre de Spielberg est sans doute plus classique sur la forme (indice après indice, là où le rythme du livre est plus tordu), mais gagne en écriture et donc en empathie avec les personnages. Chose essentielle pour donner envie de continuer l’aventure.

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