It (2017) – Indispensable remake ?


Cinéma, Critiques / lundi, octobre 1st, 2018

Affirmer que l’imaginaire de Stephen King est souvent adapté sur petit et grand écran relève de l’euphémisme. Il faut dire que cet auteur dispose d’un style facilement transposable à l’audiovisuel, puisqu’il s’appuie sur toute sorte de références (musiques, publicités, paysages…) pour mieux immerger son lecteur. Sortie en 1990, la minisérie télévisée « Ça » n’a pas connu tout de suite le statut culte qu’elle possède aujourd’hui. Ce rang qu’elle occupe pose évidemment la question suivante : le remake était-il utile ?

We all float down here

Parmi les modifications apportées à l’œuvre initiale, citons tout d’abord le contexte, puisque celui-ci passe de 1960 à 1980. Dans une petite ville du Maine (évidemment), les disparitions d’enfants sont légion. Mais lorsque c’est le petit frère du héros qui s’évanouit dans la nature, c’est toute la clique du jeune Bill qui va être attaquée par un clown pas vraiment sympa. L’histoire sort, comme c’était le cas pour le livre et la minisérie, en deux parties. Cette première étape suit donc la bande des ratés et leur combat contre Grippe-Sou dans leur jeunesse.

Cycle moteur

Il est bien connu que Stephen King aime mettre en avant l’enfance dans ses œuvres. De Shining à Dreamcatcher en passant par La Petite Fille qui aimait Tom Gordon, l’enfant est toujours malmené. Évidemment, c’est le cas dans cette adaptation, et peut-être plus encore que dans la minisérie. Le surnom de « bande des ratés » illustre bien ce propos puisqu’il s’agit d’un groupe d’amis se déclarant comme rejetés par les enfants, et notamment par une bande d’adolescents. Chaque personnage, ou presque a un problème l’excluant des autres : Bill bégaie, Beverly est considérée comme dépravée, Eddie est un maniaque de l’hygiène, etc. C’est un constat de l’enfance possiblement difficile, qui résonne évidemment avec le harcèlement décrié plus que jamais aujourd’hui. L’amitié et l’amour tiennent également une place importante dans l’histoire, sans être aussi crue que dans l’oeuvre originelle. Plus qu’une œuvre d’horreur, It est donc une histoire sur la prise de position et d’indépendance des enfants vers le stade adulte ou en tout cas adolescent. Pour se faire, les personnages doivent, à travers le combat contre Grippe-Sou, réaliser un rituel de passage évidemment métaphorique. Ce même rituel les poussera d’un seul coup à l’âge adulte, via le deuxième film, prévu en septembre 2019. Ce qui sera également l’occasion de parler de la nostalgie.

Il est revenu

Comme signalé dans le premier paragraphe, ce remake prend place en 1980. Si cela ne change finalement pas grand-chose dans la trame scénaristique, c’est surtout sur la forme que l’on comprend cette modification. En effet, depuis quelques années déjà, on observe un retour à cette époque, que ce soit avec Super 8 ou plus récemment Stranger Things. Difficile de nier cette influence, puisqu’on retrouve une bande de gamins à vélo parcourant les rues désertes d’une Amérique typique. La photographie a sans doute été aussi inspirée par les deux dernières œuvres. L’image est plus contrastée, plus léchée, avec une véritable construction des plans, à l’inverse de la minisérie de 90.

L’horreur est également remise au goût du jour. Si Tim Curry signait une de ses meilleures performances, le nouveau Grippe-Sou montre le tournant opéré par le réalisateur. Hélas, ce que l’on gagne en épouvante, on le perd en nuance. L’ancien acteur était capable d’être le parfait clown d’hôpital (notamment dans la scène du caniveau) avant de tourner au monstre. C’est ce changement brutal qui permettait la peur. Dorénavant, Grippe-Sou est déjà malsain au premier abord. Un parti pris qui se confirme avec l’arrivée du grotesque. Si celui-ci était présent dans la minisérie, on assiste ici à une exagération, notamment lorsque le monstre montre les crocs. Là où l’œuvre de 1990 utilisait principalement le clown comme élément de peur (en jouant sur le décalage), c’est le monstre qui possède une plus grande place ici. Ce remake montre en effet bien plus de créatures en tout genre pour effrayer les enfants, du zombi à la momie en passant par l’araignée, exactement comme ce que Stephen King écrivait.

Cependant, la version de 2017 échoue au même endroit que celle de 1990 : la peur. It n’est toujours pas un film qui provoque l’horreur, hormis pour les phobiques des clowns. Le grotesque y est sans doute pour quelque chose. Pourtant, Ça multiplie les effets pour épouvanter le spectateur comme lors de la séance diapositive, mais rien ne fonctionne. On se demande même si ce n’est pas la bande qui est la cible de cette horreur. Chaque enfant a d’ailleurs son propre démon (un tableau surréaliste et inquiétant pour l’un, la mort de ses parents pour l’autre…), mais ce ne sont pas des peurs communes et typiques, comme un fantôme par exemple. Elles sont en réalité le reflet de l’innocence de ces personnages. C’est sans doute la plus belle réussite du film : nous faire comprendre que Ça n’est pas une œuvre qui doit faire peur, mais une œuvre sur la peur.

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