Black Panther – Intrigue politique et action molle


Cinéma, Critiques / mardi, juillet 3rd, 2018

Le film Black Panther est de base traversé par un paradoxe puisqu’il introduit le Roi du Wakanda, alors que celui-ci est déjà présent dans Captain America : Civil War. Un désordre dont Marvel a le secret. À titre d’exemple, Black Widow aura son épisode spécial 10 ans après sa première apparition sur grand écran.

T’Challa, qui es-tu ?

À la défense de Marvel, il faut tout de même dire que Black Panther se manifeste plus dans Civil War comme une surprise. Il est loin d’être central, ses scènes se comptant sur les doigts de la main. Le spin-off est donc utile, d’autant qu’il permet aussi de faire une pause entre Civil War et Infinity War. De se concentrer sur un conflit « mineur », et de découvrir un tout autre univers.

C’est ce qui marque en premier dans le film de Ryan Coogler (si étant qu’un réalisateur Marvel a son mot à dire…) : Black Panther est une respiration entre deux énormes blockbusters. Il est pensé pour ne pas entrer en conflit avec les mastodontes précédemment cités. À commencer donc par son univers intéressant. Si l’on passe outre les fonds verts visibles à des kilomètres, on distingue dans Black Panther une palette de couleurs qui émergeait déjà avec Thor Ragnarok. Sans pour autant frôler l’épilepsie. De même, l’architecture et la technologique semblent venir de la science-fiction.

Effectivement, le film de Ryan Coogler n’est pas tellement de superhéros. À l’image de Winter Soldier qui était un thriller politique, Black Panther est un film d’espionnage futuriste où le James Bond serait le Premier ministre. Cela se voit clairement lorsque la sœur de la Panthère noire lui explique les différents gadgets qu’il aura à sa disposition. À ceci près que les armes sont tellement délirantes qu’on se croirait dans les mauvais James Bond voire dans Totally Spies. On notera d’ailleurs que la Q (ou la Jerry, c’est selon) du Wakanda cabotine comme jamais. Malheureusement, ça n’est pas la seule.

Marvel, où es-tu ?

À force de s’installer du côté de l’espionnage, Black Panther oublie-t-il l’action Marvelesque, ou réussit-il l’exploit d’allier les deux, comme dans Winter Soldier ? Hélas, l’ensemble est un peu long à digérer. La faute tout d’abord à une introduction qui prend clairement (trop) son temps. Le réalisateur passe en effet 40 minutes à s’assurer que le spectateur est bien compris tous les enjeux, tous les personnages, etc. En supprimant quelques un de ces derniers, on aurait gagné 20 minutes et concentré le rythme.

Finalement, à quoi bon puisque les scènes d’action tant attendue dans un Marvel ne volent pas très haut. Que ce soit la course-poursuite ou la fameuse bataille finale, on reste sur notre faim. Le pire étant les deux séquences de lutte en un contre un. Lorsque l’on sait que le réalisateur est celui de Creed, on est forcément déçu. On voudrait presque que Black Panther s’affirme complètement comme un drame politique.

Politique étrangère et théorie du commerce international

Avec tout ceci, on pourrait penser que le film est mauvais et qu’il rate tout ce qu’il entreprend ; ce serait faux. Car s’il y a bien un point qui est tout à fait intéressant dans Black Panther, c’est le pouvoir. S’il ne s’agit pas d’un film exclusivement politique, ce Marvel est tout de même traversé par des questionnements contemporains liés à l’État. On pense notamment à l’utilisation du vibranium (soit une ressource exclusive et ultra-performante). Faut-il le partager pour aider les pays les plus pauvres, tout en risquant de perdre l’exclusivité de ce matériau ? Si la crainte est surtout liée à l’armement, difficile de ne pas voir là une référence au grand protectionnisme actuel des « grands » pays.

De même, la politique extérieure globale est posée. Le Wakanda étant particulièrement conservateur. Les étrangers sont mal perçus, même lorsqu’il s’agit de migrants issus de guerres. Ça ne vous rappelle rien ? Black Panther se veut politisé et actuel, c’est un fait. On pourrait crier à l’opportunisme, mais le film nous pose seulement ces questions, sous couvert d’un pays fictif, sans jamais y répondre. Mieux encore, cela met le roi en situation délicate. C’est finalement là que se situe le meilleur combat du film Black Panther.

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